Grand masque-planche

Grand masque-planche

Des témoignages font état de l’existence d’une riche tradition du masque chez les Bwa, autrefois appelés Bobo Oule (« Bobo rouges »). Les masques que les Bwa du nord, implantés de part et d’autre de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, utilisent dans le cadre du culte du do sont essentiellement constitués de feuilles, de plumes et de fibres végétales. Les Bwa du sud, dont le territoire se situe à la hauteur du cours supérieur de la Volta noire, dans l’ouest du Burkina Faso, portent en dehors de ces masques, différents types de masques en bois qui leur viennent des populations gurunsi voisines (Nuna, Nunuma, Winiama, etc.) et des véritables Bobo ou Bobo Fing (« Bobo noirs »). Les masques, qui représentent des génies de la nature et ont une incidence sur la vie des hommes, sont exhibés les jours de marché mais aussi à l’occasion des initiations, des funérailles, des rites de la moisson et autres festivités.

Le masque à lame nwantantay, qui incarne un esprit des eaux, se caractérise par une forte abstraction. Les Bwa établissent cependant un lien entre quelques éléments qui entrent dans sa composition et certains oiseaux qu’ils associent au monde des esprits. C’est ainsi que les yeux entourés de cercles concentriques sont censés faire songer à une chouette ; le crochet qui émerge de la planche et pend au-dessus du front est censé rappeler le bec du calao d’Abyssinie (Bucorvus abyssinicus). Les recherches effectuées par Christopher Roy ont permis d’établir que même les ornements géométriques de la lame ont une valeur symbolique : c’est ainsi que les petits triangles noirs alignés sur plusieurs rangées évoquent les empreintes de sabots de l’antilope koba mais aussi le chiffre 3, considéré comme un chiffre masculin, ainsi que les rhombes en fer, qui évoquent à leur tour le do. Les carrés noirs du damier renvoient, quant à eux, aux vieilles peaux de chèvres teintes portées par les anciens et donc, par extrapolation, à l’immense savoir de ces derniers. Les carrés blancs représentent en revanche les nouvelles peaux de chèvres claires portées par les jeunes initiés, encore inexpérimentés.